I : Contexte Général
Dans le prolongement de la première analyse consacrée à la période du 1er mars au 16 mars 2026, la présente note vise à examiner les évolutions intervenues au cours de la période subséquente, marquée par une intensification de la hausse des prix sur les marchés internationaux entre le 16 mars et le 1er avril 2026.
Cette séquence se caractérise par une accélération notable des cotations des produits pétroliers, dans un contexte de forte volatilité, ayant des implications directes sur les conditions d’approvisionnement du marché national.
Dans ce cadre, le Conseil de la concurrence a poursuivi ses échanges avec les opérateurs du secteur afin d’apprécier, dans une approche comparative, la dynamique de transmission des variations des cotations internationales aux prix de vente à la pompe sur les deux périodes successives.
L’analyse vise à compléter l’évaluation initiale en mettant l’accent sur les évolutions récentes de la période du 16 mars au 1er avril 2026, ainsi que sur leur degré de répercussion sur les prix de vente à la pompe sur le marché national.
II : Analyse de la corrélation entre la variation des prix internationaux du gasoil et de l’essence et leurs prix de vente à la pompe au Maroc sur la période allant du 16 mars au 1er avril 2026
Préalablement à l’analyse, il convient de rappeler que les cotations retenues correspondent aux prix des produits raffinés observés sur le marché du Nord-Ouest européen (NWE), établis sur la base des transactions réalisées dans la zone Amsterdam–Rotterdam–Anvers (ARA), qui constitue la principale référence d’approvisionnement des opérateurs nationaux.
Tableau n° 1 : Variation des cotations CIF et des prix de vente à la pompe : comparaison des deux périodes

Source : Etablis sur la base des données fournies par le ministère de la Transition Energétique et de Développement Durable.
La comparaison des variations des cotations CIF du gasoil et de l’essence raffinés avec celles des prix de vente à la pompe fait ressortir des écarts significatifs sur la période du 1er mars au 1er avril 2026, dans un contexte global de hausse soutenue des cotations internationales.
Gasoil
S’agissant du gasoil, la hausse des cotations internationales s’élève à +2,92 DH/L sur la première période du 1er mars au 16 mars 2026, contre +2,18 DH/L sur la seconde période du 16 mars au 1er avril 2026. En parallèle, les prix de vente à la pompe augmentent respectivement de +2,03 DH/L puis de +1,72 DH/L.
Ces évolutions traduisent une répercussion partielle dans les deux cas, avec un écart de -0,89 DH/L sur la période du 1er mars au 16 mars 2026 (taux de transmission d’environ 69,5%) et de -0,46 DH/L sur la période du 16 mars au 1er avril 2026 (soit environ 79%).
Essence
Concernant l’essence, les cotations internationales enregistrent une hausse de +1,26 DH/L sur la première période du 1er mars au 16 mars 2026 et de +1,37 DH/L sur la seconde période du 16 mars au 1er avril 2026, tandis que les prix de vente à la pompe progressent respectivement de +1,43 DH/L et +1,53 DH/L. Il en résulte, dans les deux cas, une transmission plus que proportionnelle, avec des écarts de +0,17 DH/L puis +0,16 DH/L.
Cette situation peut s’expliquer par des pratiques de compensation entre produits adoptées par les opérateurs du marché, consistant à moduler différemment les niveaux de répercussion entre le gasoil et l’essence. Ainsi, dans un contexte où la transmission des hausses des cotations internationales du gasoil reste partielle, les opérateurs peuvent être incités à répercuter plus fortement les augmentations sur l’essence afin de compenser, en partie, les écarts constatés sur le gasoil.
Néanmoins, l’ampleur de ce mécanisme de compensation demeure relativement limitée, dans la mesure où l’essence ne représente, en moyenne, qu’une part modeste du chiffre d’affaires global des opérateurs — autour de 13 % —, le gasoil occupant une place largement prédominante dans la structure des ventes.
III : Appréciation d’ensemble
En guise de conclusion générale, l’analyse comparative de toute la période allant du 1er mars au 1er avril 2026, couvrant deux quinzaines met en évidence une répercussion différenciée des variations des cotations internationales aux prix de vente à la pompe au Maroc.
S’agissant du gasoil, la transmission demeure partielle (écart total de -1,35 DH/L), bien qu’une amélioration du taux de répercussion soit observée lors de la seconde période du 16 mars au 1er avril 2026, traduisant une réduction du décalage d’ajustement entre les évolutions internationales et les prix domestiques.
Concernant l’essence, la transmission apparaît, sur les deux périodes, supérieure aux variations des cotations internationales, avec un écart total de +0,33 DH/L.
Ces constats mettent en évidence la persistance d’une certaine asymétrie dans les mécanismes de transmission des prix selon les produits, dans un contexte de hausse soutenue des marchés internationaux.
En conclusion, le Conseil de la concurrence n’a relevé aucun comportement anticoncurrentiel sur le marché. Il souligne toutefois, une fois de plus, que l’alignement des opérateurs sur des dates identiques de révision des prix, associé à des variations d’ampleur comparable, tend à limiter la souplesse des ajustements tarifaires. Cette situation peut ainsi freiner la répercussion des fluctuations des prix internationaux et conduire à des évolutions tarifaires relativement uniformes entre les acteurs.
Ce mode de fonctionnement trouve en partie son origine dans l’ancien dispositif de régulation des prix, où les ajustements intervenaient traditionnellement les 1er et 16 de chaque mois. Toutefois, dans un environnement désormais libéralisé, le maintien de ce calendrier apparaît de moins en moins pertinent.
Dans ce cadre, le Conseil de la concurrence insiste sur la nécessité de faire évoluer ces pratiques afin de les adapter aux exigences d’un marché concurrentiel tout en prenant en considération la nécessaire stabilité du marché. Les décisions de fixation des prix gagneraient ainsi à mieux intégrer les spécificités propres à chaque opérateur, notamment en tenant compte de la fréquence effective des approvisionnements, des conditions contractuelles d’achat, des niveaux de stocks et des stratégies commerciales mises en œuvre.